least

laboratoire écologie et art pour une société en transition

Eyes on TikTok

Eyes on TikTok est un projet cocréatif sur la santé mentale des jeunes, les réseaux sociaux et le corps, initié par l’artiste Anna-Marija Adomaitytė et least. Le projet impliquera des jeune·x·s de 15 à 19 ans dans un processus de création et de réflexion via des ateliers de mouvements, de discussions collectives et de pratiques créatives des réseaux sociaux.

Il s’agit d’abord de leur permettre de partager leurs préoccupations, leurs désirs et leurs expériences personnelles liées à l’usage des réseaux sociaux, sans imposer un point de vue adulte sur le sujet. Ces échanges permettront d’aborder les risques et les aspects positifs de TikTok, tout en réfléchissant aux liens entre l’algorithme, les émotions et la santé mentale. Par ailleurs, les participant·e·x·s seront invités à travailler avec l’application TikTok en observant, détournant et expérimentant ses usages. Iels exploreront ainsi des stratégies conscientes et inventives pour transformer leur rapport à la plateforme et tenter de l’adopter comme un espace d’expression plutôt que de pression.

La pratique du mouvement, issue du processus de création de la pièce TikTok-Ready Choreographies (création de Anna-Marija Adomaitytė, Pavillon ADC, Théâtre Vidy-Lausanne, 2024), s’appuiera sur des techniques d’improvisation de groupe accessibles à touxtes, intégrant des gestes familiers issus de l’espace virtuel ou du quotidien. Iels réfléchiront aux forces que cette pratique performative peut consolider telles que la confiance, l’imagination, l’autonomie, la conscience corporelle et l’expérience collective partagée.

L’objectif sera d’offrir aux jeune·x·s un espace d’écoute et de création qui leur permette d’explorer la complexité de leur relation à TikTok et de développer des formes de résistance, de solidarité et de soin face aux enjeux de santé mentale liés aux réseaux sociaux.

étapes accomplies

Depuis le début l’automne 2025, least a engagé une étroite collaboration avec la Fondation Convergences de la Maison de l’Enfance et de l’Adolescence (MEA) des HUG qui constitue désormais un véritable point de relais et d’accompagnement pour faire vivre le projet artistique et culturel auprès des jeune·x·s.

Ce lien a notamment permis la constitution de l’équipe transdisciplinaire meneuse du projet, intégrant l’artiste chorégraphe Anna-Marija Andromaitytė mais également Lou Bertossa, comédienne en formation et artiste résidente à least pour ce projet.
Lou a participé à TikTok-Ready Choreographies, sa présence apportera un point de vu précieux au projet car issu de l’expérience adolescente, nourri par sa collaboration avec Anna-Marija Andromaitytė et s’inscrivant tout à la fois dans un parcours de professionnalisation artistique.
Enfin, l’équipe accueille aussi Carole Barnetche, psychomotricienne spécialiste du jeune public exerçant notamment à la MEA, elle assurera un cadre d’écoute et de bien être adapté aux participant·e·x·s.

en cours

L’équipe transdisciplinaire et least travaillent à l’organisation des ateliers qui débuteront à l’automne 2026 et qui se poursuivront jusqu’à la fin du printemps 2027.
Il s’agit d’aller à la rencontre et de tisser des liens avec des jeune·x·s d’horizons divers, notamment au travers de partenariats comme celui en cours avec la Fondation ForPro dont les missions sont d’encourager, de soutenir, de valoriser et de promouvoir la formation professionnelle auprès des jeune·x·s, de leur entourage et des entreprises du canton de Genève.

Nos équipes rencontrent actuellement de nouvelles structures et partenaires potentiels qui agissent directement sur le terrain avec les jeune·x·s comme par exemple les maisons de quartier.

least a à coeur de se faire l’entremetteur de ces différentes structures destinées au jeune public, de créer du lien et de la circulation entre elles, de sorte à faciliter les ponts allant des loisirs extra-scolaires au soutient à la formation et l’orientation en passant par l’aide au niveau de la santé mentale.

à venir

Le premier cycle d’ateliers aura lieu du 27 octobre au 15 décembre 2026, le deuxième se tiendra du 26 janvier au 28 mars 2027 et le troisième du 13 avril au 1er juin 2027.

Les ateliers de chaque cycle seront donnés tous les mardis soirs de 18h à 20h à la Maison de l’Enfance et de l’Adolescence (MEA) des HUG et s’organiseront autours de trois axes principaux :
Des discussions collectives en petits groupes qui permettront aux participante·x·s de partager leurs expériences, émotions et questionnements liés à l’usage de TikTok.
Des formes de création à partir de TikTok via l’observation critique et la production de vidéos, collages ou posts collectif visant à transformer la plateforme en un espace d’expressions de jeu et de reflexion.
Une pratique du mouvement qui s’articulera autours d’exercices accessibles à touxtes ayant pour point de départ des gestes familiers issus de la vie quotidienne ou de l’espace virtuel et permettant de reconnecter le corps à la conscience du geste tout en explorant des formes collectives d’improvisation et de danse partagée.

Si chaque cycle donnera effectivement lieu à des formats de restitution, Eyes on TikTok reste pensé comme un projet au long cours, conçu comme une ligne ponctuée de séquences intermédiaires afin de maintenir un rythme stimulant tout en venant nourrir l’envie participative des adolescent·e·x·s

newsletter

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir des contenus sur nos activités, nos inspirations et nos derniers articles!

s'inscrire ici !

équipe transdisciplinaire

Anna-Maria Adomaitytė - artiste chorégraphe fondatrice de la compagnie A M A
Carole Barnetche – psychomotricienne
Lou Bertossa – artiste résidente least
Elisa Radosta – Membre du trinôme de direction et responsable des relations institutionnelles et de la communication de la Fondation Convergences

least remercie toutes les personnes qui ont contribué au projet en partageant leur temps, leurs savoirs et leurs ressources :

La fondation Convergences de la Maison de l’enfance et de l’adolescence (MEA) des HUG ; la fondation ForPro ; Caroline Grondahl ; Laurence Jaquet ; Elisa Radosta

médias

Optimisme cruel

L‘“optimisme cruel”, selon Lauren Berlant, réfère à ce qui fait grincer nos désirs et nous empêche d’avancer comme espéré.

Comme la petite pierre est heureuse

Emily Dickinson célèbre le bonheur d’une vie simple et indépendante.

Intimité entre étrangers

Les lichens nous parlent d’un monde vivant dans lequel la solitude n’est pas une option viable.

Optimisme cruel

« Une relation d’optimisme cruel se crée lorsque ce que l’on désire devient, en réalité, un frein à notre épanouissement. Cela peut être la nourriture, une forme d’amour, un fantasme de vie idéale ou encore un projet politique. Parfois, c’est quelque chose de plus banal, comme une nouvelle routine censée permettre de nous améliorer. Ces attachements ne sont pas cruels en eux-mêmes. Ils le deviennent lorsque l’objet de notre désir entrave activement le but qui nous attirait vers lui au départ. »

C’est par ces mots que s’ouvre Optimisme cruel, un ouvrage de la théoricienne Lauren Berlant, devenu, ces dernières années, une référence incontournable pour celleux qui s’interrogent sur les affects, le désir et la précarité.

Qui n’a jamais cru, au moins une fois, que travailler plus que de raison nous ferait avancer ? Qu’une relation toxique valait toujours mieux que la solitude ? Ou que l’engagement politique, à lui seul, pouvait suffire à transformer le monde ? Toutes ces promesses finissent par grincer. Et derrière ce grincement, Lauren Berlant met en lumière un sentiment plus profond, qui traverse bien des vies contemporaines : l’impasse – cette condition où l’on avance sans savoir vraiment vers quoi, où l’on survit plus qu’on ne vit, où le changement est à la fois désiré, redouté et sans cesse remis à plus tard.

Dessin: Anaëlle Clot.

Mais Lauren Berlant ne se contente pas d’un simple constat. Iel nous invite à porter attention aux micro-tactiques par lesquelles les individus tentent de survivre dans cette impasse. Iel les appelle « formes d’auto-interruption » : des gestes infimes, comme manger de façon anarchique, scroller de façon compulsive, enchaîner les épisodes d’une série, procrastiner – des comportements souvent perçus comme négatifs ou nuisibles. Mais dans la lecture de Lauren Berlant, ces gestes sont aussi des respirations, des pauses volées au temps de la performance, de petits refuges où le sujet se met à l’abri. Des actes qui, sans prétendre changer le monde, traduisent malgré tout un désir de persister – et qui, justement pour cela, portent en eux une forme de puissance politique.
Dans un monde épuisant, réussir – ne serait-ce qu’aujourd’hui – à ne pas sombrer, c’est déjà une forme de résistance.

Peut-être pourrions-nous alors nous inspirer de cette posture : être plus indulgent·e·x·s envers nous-mêmes, nous accorder du repos, de l’espace, de la suspension. Accepter de ne rien faire, de temps en temps, peut être un vrai geste de soin. Et c’est aussi une manière de désirer un monde plus vivable.

Comme la petite pierre est heureuse

Dans cette brève composition poétique, Emily Dickinson célèbre le bonheur d’une vie simple et indépendante, représentée par une petite pierre qui erre librement. Loin des soucis et des ambitions humaines, la pierre trouve le contentement dans son existence élémentaire. Écrit au XIXe siècle, le poème reflète la désillusion croissante face à l’industrialisation et à l’urbanisation, qui ont conduit beaucoup à aspirer à une vie plus modeste et significative.

Comme la petite pierre est heureuse,
Qui vagabonde seule sur les chemins,
Sans se soucier de sa carrière
Et sans craindre les lendemains ;
Sa robe d’un brun élémentaire
Offerte par un univers éphémère ;
Indépendante comme le soleil,
À d’autres elle s’unit ou seule étincèle,
Accomplissant son destin absolu
Dans une simplicité résolue.

Image: Altalena.

Intimité entre étrangers

Couvrant près de 10 % de la surface de la Terre et pesant 130.000.000.000.000 tonnes – plus que l’ensemble de la biomasse océanique — ils ont révolutionné notre compréhension de la vie et de son évolution. Pourtant, peu de gens auraient parié sur cette espèce unique et néanmoins discrète: les lichens.

Il y a 410 millions d’années, les lichens étaient déjà présents et semblent avoir contribué, par leur capacité érosive, à la formation du sol de notre planète. Les premières traces de lichens ont été trouvées dans le gisement fossile de Rhynie, en Écosse, et datent du Dévonien inférieur — le stade le plus précoce de la colonisation des masses terrestres par des êtres vivants. Leur résistance a été testée au cours de diverses expériences: les lichens peuvent survivre sans dommage à un voyage dans l’espace, supporter une dose de radiation douze mille fois supérieure à une dose mortelle pour l’être humain, survivre à une immersion dans l’azote liquide à -195°C et vivre dans des zones désertiques extrêmement chaudes ou froides. Ils sont si résistants qu’ils peuvent même vivre pendant des millénaires: on a retrouvé un spécimen arctique de «lichen géographique» vieux de 8 600 ans, ce qui en fait le plus ancien organisme vivant découvert au monde.

Les lichens ont longtemps été considérés comme des plantes. Aujourd’hui encore, beaucoup les voient comme une sorte de mousse. Cependant, l’évolution technologique des microscopes au XIXe siècle a permis l’émergence d’une nouvelle découverte. Le lichen n’est pas un organisme unique, mais consiste plutôt en un système composé de deux êtres vivants différents, un champignon et une algue, unis au point d’être essentiellement indissociables. Peu de gens savent que le mot «symbiose» a été inventé précisément pour faire référence à l’étrange structure du lichen. Aujourd’hui, on sait que les lichens sont bien plus qu’une simple alliance entre un champignon et une algue. Il existe, en fait, une importante diversité d’êtres impliqués dans le mécanisme symbiotique, qui comprend fréquemment d’autres champignons, des bactéries ou des levures. Il n’est plus question d’un seul organisme vivant, mais bien d’un biome tout entier.

La théorie de la symbiose a longtemps été contestée, car elle mettait à mal la structure taxonomique de l’ensemble du règne du vivant telle que Charles Darwin l’avait décrite dans «De l’origine des espèces», c’est-à-dire un système «arborescent» composé de branches progressives. L’idée que deux «branches» (appartenant, de surcroît, à des règnes différents) puissent se croiser remettait tout en question. De façon significative, le fait que la symbiose fonctionne comme une coopération mutuellement bénéfique bouleversait l’idée selon laquelle tout processus d’évolution se fonde sur la compétition et le conflit.

La symbiose est loin d’être une condition minoritaire sur notre planète: 90 % des plantes, par exemple, sont caractérisées par la «mycorhize», un type particulier d’association symbiotique entre un champignon et les racines d’une plante. Parmi celles-ci, 80 % ne survivraient pas si elles étaient privées de leur association avec un champignon. De nombreuses espèces de mammifères, dont l’humain, vivent en symbiose avec leur microbiome: un ensemble de micro-organismes qui évoluent dans le tube digestif et permettent l’assimilation des nutriments. Il s’agit là d’une relation symbiotique très ancienne et spécifique: chez l’humain, la différence génétique du microbiome entre une personne et une autre est plus grande encore que leur différence génétique cellulaire. Pourtant, le succès évolutionnaire des relations symbiotiques ne se limite pas à ces données extraordinaires: il est essentiel à l’émergence de la vie telle que nous la connaissons, dans un processus que la biologiste Lynn Margulis a nommé «symbiogenèse».

La symbiogenèse postule que les premières cellules sur Terre sont issues de relations symbiotiques entre des bactéries, qui se sont développées en organites responsables du fonctionnement cellulaire. Plus précisément, les chloroplastes — les organites capables d’effectuer la photosynthèse — sont issus de cyanobactéries, tandis que les mitochondries — les organites responsables du métabolisme cellulaire — proviennent de bactéries capables de métaboliser l’oxygène. La vie, semble-t-il, a évolué à partir d’une série de rencontres symbiotiques et, malgré de nombreux changements catastrophiques liés à la géologie, à l’atmosphère et aux écosystèmes de la planète à travers le temps profond, elle s’écoule sans interruption depuis près de quatre milliards d’années.

Plusieurs scientifiques tendent à interpréter la symbiose chez les lichens comme une forme de parasitisme de la part du champignon, car ce dernier retirerait davantage de la relation que les autres organismes. Ce à quoi le naturaliste David George Haskell, dans son livre «The Forest Unseen», répond: «Comme une agricultrice qui s’occupe de ses pommiers et de son champ de maïs, un lichen est une fusion de vies. Une fois l’individualité dissoute, le tableau des vainqueurs et des victimes n’a plus guère de sens. Le maïs est-il opprimé? La dépendance de l’agricultrice vis-à-vis du maïs fait-elle d’elle une victime? Ces questions sont fondées sur une séparation qui n’existe pas.» La coopération multi-espèces se trouve au centre même de la vie sur notre planète. Des lichens aux organismes unicellulaires en passant par notre vie quotidienne, la biologie nous parle d’un monde vivant dans lequel la solitude n’est pas une option viable. Lynn Margulis a décrit la symbiose comme une forme «d’intimité entre étrangers» au cœur même de la vie, de l’évolution et de l’adaptation.